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L’art du conte - Pour le plaisir d’écouter des histoires

Par Julie Lavoie

 

Un renouveau du conte s’est amorcé dans les années 1990 et depuis, plusieurs conteurs se produisent sur scène dans toutes les régions du Québec. Ce sont des artistes qui créent des histoires en s’inspirant de récits traditionnels, ou en inventant leur propre monde imaginaire. Faisant revivre la tradition orale, ils font rire, émeuvent parfois, et portent à réfléchir.

Le conte permet de découvrir des pans de culture, d’ici ou d’ailleurs, et de vivre une expérience d’écoute intime. « Une fois que tu as cette émotion en écoutant un conteur, parce que c’est vivant… ça devient organique et tu n’oublies jamais ça », explique Marie-Fleurette Beaudoin, coprésidente du conseil d’administration du Regroupement du conte au Québec.

Si vous entendez aujourd’hui les histoires d’Alexis le trotteur, du Bonhomme Sept Heures, de la Corriveau ou de Rose Latulipe, vous pourriez être surpris… Ça parle au diable !

Il était une fois…

Si les contes sont des récits imaginaires, ils reflètent néanmoins les mœurs et le contexte social d’une époque. Par exemple, au temps de la colonie, les Français ont amené leurs histoires en Amérique et les ont perpétuées. Au fil du temps, et avec la tradition orale, elles se sont transformées pour refléter le nouvel environnement. « Rapidement, les Canadiens français ont été en contact avec les autochtones, donc ils ont métissé les contes avec ce que leur racontaient les autochtones », dit Marie-Fleurette Beaudoin, qui note aussi l’influence des Irlandais, venus s’établir dans les villages.

Les raconteux, ou conteux, ont continué longtemps d’égayer les soirées, déballant leurs histoires, notamment dans les camps de bûcherons. L’oralité a fini par se perdre avec l’industrialisation et l’urbanisation, mais les histoires, elles, ont été préservées grâce à l’engagement d’ethnologues et de littéraires comme Marius Barbeau, Jean Du Berger, Aurélien Boivin et Luc Lacourcière – ce dernier a fondé les Archives de folklore de l’Université Laval.

L’artiste Jocelyn Bérubé, conteur et musicien qu’on peut entendre dans la région de Québec, a lui aussi collecté de nombreuses histoires dans les villages du Québec. Il a remporté récemment le prix Gérard-Morisset, soulignant sa contribution remarquable à la sauvegarde et au rayonnement du patrimoine québécois.

Le conte réinventé

C’est donc au tournant des années 2000 qu’une nouvelle génération de conteurs a émergé. Selon Marie-Fleurette Beaudoin, qui est aussi propriétaire de la maison d’édition Planète rebelle, ces artistes ont utilisé la base des vieux contes pour écrire leurs propres histoires : « C’est complètement revisité. […] Ça peut t’ouvrir sur une compréhension… un pont entre le passé et ce que tu vis maintenant dans la société actuelle. » Alors que les contes traditionnels se terminaient par le triomphe du bien sur le mal, ou par la réussite dans l’adversité, aujourd’hui, il en est autrement. « Le héros d’une histoire peut perdre », dit-elle.

Les artistes du conte, nombreux, gagnent à être vus et entendus. Par exemple, la conteuse
Yolaine propose des contes contemporains et des récits du passé remaniés. Arleen Thibault raconte aussi des histoires traditionnelles et présente LE VŒU, un conte urbain merveilleux, un spectacle mis en scène par Michel Faubert, un autre acteur dans le domaine.

Planifier une sortie

Les conteurs se produisent généralement dans les petites salles de spectacle, parfois dans les bibliothèques publiques, et même en plein air.

Dans la région de la Capitale-Nationale, la Maison de la littérature propose les Contes sur le parvis, une activité gratuite qui se tient tous les dimanches pendant l’été. L’organisme insère toujours des spectacles de conteurs dans sa programmation, tantôt pour adultes, tantôt pour enfants. www.maisondelalitterature.qc.ca

Le conte et l’oralité occupent une place de choix à la Maison natale de Louis Fréchette, située aux abords du fleuve, à Lévis. La programmation hiver-printemps 2020 sera dévoilée en janvier prochain et chaque année, à l’automne, la Maison tient son festival international du conte Jos Violon. www.maisonfrechette.com

Pour la liste des artistes et organismes du conte et pour le calendrier des événements, consultez le site du Regroupement du conte au Québec. www.conte-quebec.com

Enfin, si vous préférez écouter des histoires dans le confort de votre logis, procurez-vous des livres accompagnés d’une bande sonore. La maison d’édition Planète Rebelle spécialisée en la matière en offre pour tous les goûts. www.planeterebelle.qc.ca

 

Crédit photo : Morgane Couty Ghisolfo

 

 

Entretien avec le conteur Fred Pellerin

Diplômé en littérature de l’Université de Trois-Rivières, Fred Pellerin a commencé à raconter des histoires au début des années 2000. Il a présenté plusieurs spectacles à succès, entre autres, Il faut prendre le taureau par les contes !, Comme une odeur de muscles, De peigne et de misère et Un village en trois dés. Les héros de ses contes pour adultes sont des personnages de son village de Mauricie, Saint-Élie-de-Caxton, qu’il a grandement contribué à faire connaître.

Q. Quand avez-vous su que vous aviez un talent pour écrire et pour raconter des histoires ?

R. Étudiant, j’étais guide touristique dans mon village. Au départ, j’en racontais l’histoire puis, rapidement et voyant les réactions des gens, je me suis mis à aller puiser dans les histoires. Un jour, une personne inscrite à la visite guidée m’a invité à aller dire mes histoires dans un autre village. Je pense qu’à ce moment, je suis passé de guide touristique à conteur. Et le talent ? Je ne sais pas encore !

Q. Dans les contes traditionnels québécois, quel est votre préféré et pourquoi ?

R. J’aime bien les contes à facéties, les entourloupettes ratoureuses. Les contes de Ti-Jean qui déjoue le roi, les voleurs, le diable ou ses frères me plaisent bien.

Q. Quel commentaire vous fait-on le plus souvent après une prestation ? Et quel commentaire vous fait le plus plaisir ?

R. On me dit souvent que je suis drôle. Et je le prends bien. Il y a aussi souvent des larmes parce que dans tous les rires, je m’applique à tricoter des moments touchants ou poétiques. Ce qui me touche le plus, c’est de savoir que mes histoires vont chez les gens, que mes chansons accompagnent du quotidien... 

Q. Comment savez-vous que vous détenez une bonne histoire à raconter ? 

R. J’ai les histoires qui ne laissent aucun fil pendouiller, qui se tiennent dans une boucle solide, qui enchaînent quelques bonnes péripéties, qui déjouent la logique des jours en en installant une qui se tient dans le récit. 

Q. Quelle est, selon vous, la plus grande qualité d’un conteur ? 

R. L’image du conteur est souvent liée à l’idée du parlage, de la grande gueule, du preneur de crachoir alors que, d’après moi, le bon conteur doit écouter plus qu’il ne parle.

Q. À votre avis, la tradition de transmission orale des histoires est-elle bien vivante au Québec ?

R. Je pense que la transmission orale des histoires est quasiment disparue au Québec. Quelques intéressés fouilleront et trouveront encore des trésors de diseurs, mais en général, le répertoire des contes traditionnels est devenu un locataire des archives.

Q. Vous avez diversifié vos activités, mais est-ce que raconter des histoires aura toujours une place spéciale dans votre cœur d’artiste ?

R. Je touche à la chanson, à l’écriture cinématographique, mais le conte demeure mon plus grand plaisir. 

Crédit photo : Marie-Reine Mattera

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